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vendredi, 30 mars 2007

cold turkey

j'ai le froid dans les os

ça fait plusieurs semaines que ça dure

 

je dors en pull en regrettant

de ne pas avoir mis des chaussettes à mes pieds

je grelotte

l'oreiller ressemble à un glaçon

quant aux draps,

je m'y couche comme dans une flaque d'eau gelée

 

mes bras sont en papier de verre

et mes cuisses du blanc de poulet 

 

des stalactites me traversent l'échine

les omoplates sont des ailes de pigeon

mes pieds deux cailloux dans le ru  

 j'ai froid j'ai froid

je voudrais un feu

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jeudi, 29 mars 2007

mercure

ce matin je me rendors et je rêve

j'ai des baskets aux pieds

et je cours sur une plage à marée basse

je cours comme une flèche

courbée comme un patineur sur la glace

à côté de moi il y a un bus

je cours à la même vitesse que lui

 

j'ai déjà révé que je cours

j'aimerais courir des heures en vrai

dans la concentration et la sueur

courir comme on s'envole

 

mais à vrai dire

 je nage bien mieux que je ne cours

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mercredi, 28 mars 2007

box of rain

comment classer les livres

les disques

les objets qui traînent sur les étagères

les papiers qui s'amoncellent sur le bureau

comment classer les sentiments

les sensations

les réflexions

 

comment se classer se caser

se mettre dans la petite boîte

genoux bien pliés en équerre

les cheveux lisses

la peau neuve

les ongles bien taillés

bien propres

 

comment se ranger

se croiser

se parler

comment se toucher se rejoindre

 s'aimer

 


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dimanche, 25 mars 2007

everything ends

mon père est à paris depuis tout à l'heure

pour les funérailles de sa soeur

sa soeur préférée

 

je suis au bout du quai de gare

face au flot dense des gens qui sortent du train

je l'attends

soudain il est là

à côté de moi

dans sa parka jaune moutarde

je ne l'avais pas vu dans la foule

et il me dit en riant:

"tu es comme moi... tu ne vois rien!"

je le prends dans mes bras

mon petit papa

 

alors on traverse paris en voiture

il y a du soleil

on passe les quais

la conciergerie

c'est beau paris sous la lumière du printemps

 

il me parle de quand j'étais bébé

des chambres de bonnes où ils habitaient

maman et lui

et où je suis née

 

il me parle du passé

et me dit:

"quand on pense au passé comme ça,

ça veut dire qu'on est devenu un vieux débris "

 

puis je l'accompagne à austerlitz

pour qu'il prenne un train pour dourdan

voir ses autres soeurs

 

demain c'est la crémation au père- lachaise 

je connais très peu ses soeurs

mais ça lui ferait plaisir que je passe

alors on se quitte comme ça

devant les portillons du RER C

en se disant à demain

 

je rentre chez moi

 dans une vie parallèle

les membres engourdis

 

c'est bizarre de vivre sa vie parfois

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mardi, 20 mars 2007

train to brazil...

je rentre chez moi avec mon petit sac

rouge en plastique contre moi serré 

 

j'ai bu du champagne en parlant de Neil Young

de Bowie

j'ai posé une petite signature à la dernière page

 

j'ai signé.

 

Sur mon petit sac rouge il y a marqué

EMI

comme sur les disques que j'ai tant aimé

des pink floyd

des beatles

 

c'est un peu fou

comme 

debout sur une poutre

 



 

 
podcast

music: *train to brazil/// the guillemots.

samedi, 17 mars 2007

pause

fin de jour, l'heure bleue

je file sur la rue de rivoli en scooter

accrochée à mon amour , les deux bras autours de sa taille

les genoux et les cuisses contre les siennes

j'ai posé ma tête sur son épaule

et le rue défile

le rouge des feux arrière des voitures laisse des traces floues sur l'asphalte

je lève la tête

des petites feuilles vert tendre commence à pousser sur les marroniers

je touche le velour de la chemise de mon conducteur

 

il y a à cet instant

une espèce d'immortalité  qui flotte

comme si chaque chose étaient à sa place pour une seconde

comme si on avait appuyé sur "pause" 

et j'avance au ralenti dedans

 

le temps n'existe pas

j'ai pris cette route des milliers de fois

les sentiments d'amour, de plénitude se fixent dans l'éternel

comme celui d'abandon, de délitement

 

chaque chose est partagée par chacun et par tous

 

 

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dimanche, 11 mars 2007

pense à moi

dans mon assiette hier midi

un petit poulet

bien grillé sur les cuisses et les ailes

 

nous sommes autours de la table

tout le monde discute

sans penser  au poulet

alors je lui dis merci à ce petit poulet

il y a deux jours il était vivant

il picorait du grain et agitait ses plumes

crête au vent 

ou plus vraisemblablement coincé

dans un élevage en batterie de poulet

des millers de poulet compressés contres les grilles de la cage

le bec  souillé de fientes de ses congénères

l'oeil affolé

pressentant sa mort prochaine

alors petit poulet merci

tu as nourri de ta chair 

quelques  humains qui n'avaient pas besoin d'un poulet de plus dans leur estomac.

 

et puis, dans la foulée

remercions l'agneau qu'on enlevé d'un geste brutal

à sa mère

l'agneau en train de têter le petit lait

babines lactées,

petit corps chaud somnolant sur la paille

en train de rêver aux prairies grasses.

 

merci

à l'heure où je plante mes dents dans ses côtes tendres

merci agneau

de n'avoir pas grandi

de n'avoir pas couru en train de bêler librement

de n'avoir pas eu le temps de sentir pousser tes cornes

 

merci à tous les animaux  dociles

d'avoir laissé s'achever leur existence sur le billot

de laisser leur chair violette aux mains des équarisseurs

des bouchers

et de se retrouver en petits morceaux sous plastique

alignés dans les rayons éclairés des supermarchés 

pour qu'on ne soit pas trop dérangé par l'odeur 

de la mort animale

 

merci les animaux

merci 

je pense à vous

je vous aime. 

 

 

 

 

 

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lundi, 05 mars 2007

smile

tout  est vrai.

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je travaille au bhv à mi-temps

pour payer mon cours de théâtre 

ils m'ont mise au rayon "arts de la table"

sans doute à cause de ce minoi tout lisse

ce teint de porcelaine d'il y a 20 ans

assorti aux assiettes 

au "cristal d'Arc" et autres "Etangs du Manoir"

 

3 journées par semaine

je déambule entre les verres à pieds

et les ménagères 36 couverts

 

le temps est long

gagner sa vie est une drôle de chose

ça rétrécit l'horizon

 

mais depuis quelques mois

j'ai un projet fabuleux

un truc qui me tient éveillée la nuit

 

je fais des chansons avec quelqu'un

qui me regarde pas comme tout le monde

et qui me donne des ailes

 

un jour je suis derrière mon comptoir en train d'astiquer

un cristal précieux

et LE VOILA QUI DEBOULE

je vois sa tignasse noire traverser et onduler

entre les présentoirs de vaisselle

j'ai un peu honte de me sentir si peu,

et si ordinaire 

vendeuse entre les vendeuses 

insignifiante en somme

 

il vient me chercher pour aller au studio

on a des choses à finir

alors j'attrappe mon manteau

et je m'en vais.

 

des années , des années durant

quand je passe au bhv

je repense à cette petite jeune fille

coincée dans les arts ménagers 

je vois son fantôme  durcit entre les bols en  terre cuites

fixé dans la céramique du saladier bleu pétrole

je souris

 

 

puis à noël, là,

il y a juste 2 mois et demi

je prépare mes cadeaux avec le front plissé d'angoisse

en train d'hésiter sur un plat marocain et une coupelle design

au bhv

rayon art ménager 

je repense à il y a vingt ans 

en me disant : "on n'échappe pas à son destin de bhv"

 

et soudain dring, téléphone

voilà, c'est H.D.

il aime les nouvelles chansons  faites avec

"celui- qui -me -regardait- pas -comme- les- autres "

grand cru 2007

 

alors, je regarde les cocottes et les sauteuses

les vendeuses en collant nylon

et je souris

 

c'est bon de sourire 

 

 


 

 

 

 

 

 


vendredi, 02 mars 2007

miss america

 
 

j'aurais aimé

adoré

naître aux USA

je vivrais à New YOrk ou peut-être bien

Los Angeles

 

une fois, il y a longtemps

je dis à mon amoureux

"partons 3 mois aux états -unis et on verra bien"

alors, ni une ni deux

on réunit nos fonds

on prend un billet d'avion

"Montréal/ Los Angelès

 

on prévoit d'acheter une voiture d'occaz

-ce sera moins cher que d'en louer une- 

et le Canada  nous semble une bonne idée pour commencer

 

départ le 17 juin 1989

CB en poche, un petit sac de linge

pas de bagage

le rêve quoi

 

7h plus tard Montréal

jamais mis les pieds

mais j'aime déjà

 

on se trouve un hôtel ultra cher quelque part

(évidemment il y a un match de quelque chose

et tous les hôtels sont pris d'assaut )

grande balade à pied vers 4h du matin, impossible de fermer l'oeil

il fait chaud 

 

le lendemain on va voir CL et LF à Outremont

et on repère sur le chemin une Cadillac dorée à vendre

on va l'essayer mais le plancher est troué

pas de Cadillac alors

 

on se fait faire un permis, domiciler à Montréal

je rêve

et finalement

on achète une Buick LeSabre bleu délavé

année 1977

avec la plaque "je me souviens" 

 

puis, 4 jours après

on se casse

on passe la frontière après Niagara

 les poches remplies de substances illicites

le flip

 

combien de fois j'ai failli ne pas revenir

combien de fois je me suis vue et reconnue

dans ce pays

 

revenue en France

tout me semblait trop petit

 

tower records me manquait

venise beach me manquait

le vent de l'océan, les distances immenses

l'essence pour rien

les radios country

les "diners " et leur café transparent

leur serveuses en blouse rose kitch

leur blondeur, leur accent 

 

les routes longues et larges

la route, à écouter marianne faithfull et roy orbison

traverser death valley en plein nuit

et même Vegas où l'on est tombé en panne

mais gagné à la roulette en ingurgitant des bloody mary à la chaîne

 

et je pourrais écrire encore des heures

sur l'usine de santiags à el paso

sur l'ambiance fin de monde de key west

sur l'arizona et sa température plus fraîche

 

sur les motels aux néons déglingués

qui clignotent dans la nuit

petits phares blêmes pour toutes les âmes en sursis

sur L.A.

et le bar "formosa"

le gorki café où il y avait tom waits parce que Chuck E. Weiss

donnait un concert

sur la maison  à west hollywood de mes copains

pas loin de celle de sharon tate

 

je pourrais écrire encore

sur cette bagnole géniale

qui s'est enquillée 15 000 bornes sans broncher ou presque

-juste une batterie à changer- 

sur ses sièges bleu ciel en velour qui me piquaient les fesses

 et le capot écaillé où on aurait pu faire cuire un oeuf

en passant dans le désert

 

impressionnée

comme un papier photo

à tout jamais

 

je veux y retourner

 
 
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