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vendredi, 29 juin 2007

la vie des bêtes #3

j'habitais en haut de paris

une jolie rue boisée

il y avait un fleuriste

assez chic

tout plein d'arbustes et de plantes ornaient le trottoir

et toutoune, labrador blanche

prenait le soleil sous un plant de lilas mauve

 sa truffe fraîche venait se caler dans nos paumes

 

un jour

plus de toutoune

le fleuriste est inquiet

sa chienne a disparue

 

quelques jours après, toutoune est de retour

mais toute bizarre

elle ne vient plus voir personne

et reste prostrée dans un coin

 

alors le fleuriste l'emmène chez le véto

et ce dernier

après examen de toutoune

lui dit qu'elle a été violée.

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vendredi, 22 juin 2007

c'est pas comme l'amour

je suis dans le RER

 rincée

un peu larguée de cette banlieue sous la pluie

des villes mornes et tristes que je traverse

 

à côté de moi

une femme est affalée sur un siège

ses ongles de pieds sont incroyablement longs

et peints d'orange 

ceux de ses mains ressemblent à des griffes d'animal

 

elle mange du pop -corn 

j'entends le "crac" sous ses dents

et le bruit de sa langue qui décrochent les petits morceaux

collés à son palais

 

j'entends ses petits bruits de bouche

de muqueuses

de déglutissement

 

ce bruit me rentre dans l'oreille

me la perce

j'ai la sensation d'avoir l'ouïe d'un lion

de percevoir des sons que je ne devrais pas percevoir normalement

 

ça me vrille les nerfs

à chaque bouchée avalée de pop -corn

mes nerfs se tordent comme un drap mouillé 

je ne supporte plus ce bruit

ni ses ongles longs 

 

j'ai envie de lui attrapper son sachet de pop corn

et de l'envoyer valdinguer par la fenêtre

et même de lui hurler dessus.

 

 

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vendredi, 15 juin 2007

la vie des bêtes#2

ça fait des mois

que je vois ce chow-chow tout roux

allongé sur le trottoir par tous les temps

 

il est là, ce chien

avec son poil crotté emmelé

gisant sur le bitume

comme un sphinx urbain

 

je pense que c'est le chien du libraire 

ou d'un autre commerçant

 

un jour je demande au jeune homme de la librairie

"il est à vous ce chien"

pas du tout, il n'est pas à lui

d'ailleurs il semble n'être à personne

puisqu'il a été recueilli de force  par un couple

qui ne veut pas de chien

 

alors le chow -chow reste là

sur son bout de trottoir

c'est une femelle

elle a quatorze ans

et elle passe ses derniers mois d'existence de chien

dans son poil d'ours

au milieu des jambes qui passent devant elle

qui la frôlent sans la regarder

 

le soir

le couple la fait monter dans l'immeuble

mais la laisse sur le palier

au pied de leur porte 

au matin, dehors, ouste le chien

 

alors tous les jours maintenant

en passant devant elle

je lui dis "chow-chow, ça va chow -chow,"

et je lui fait une longue caresse 


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mardi, 12 juin 2007

sous le sable

vomir
vomir toute la bile
vomir sa gueule
comme une mauvaise îvresse 
le coeur soulevé
les parois nappées de vapeurs liquoreuses
 
vomir son eau stagnante
qui donne la nausée
fait tourner les murs
et les déforme complètement
 
insupportable soi
vertige
le son de la voix 
c'est un ongle qui raye le tableau noir
une fourchette qui rippe sur l'assiette 
    et fait grincer les dents
 
il parait que c'est normal. 
 
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dimanche, 10 juin 2007

fétiche

fétichisme
 
je lave ma théïere blanche
comme un trésor
parce -ce que je l'ai achetée un jour de 1986
alors que j'attendais mon premier rendez vous avec J.
chez moi
 
chez moi
c'était une toute petite chambre de 7m2 
avec un horrible papier peint à fleur
que j'avais recouvert d'affiches punks
 
une chambre minuscule
sous les toits
au linoléum jaunasse parsemé de tâches indélébiles
 
une chambre où je ne faisais rien
juste dormir
rentrée de mes sorties nocturnes
jetée comme une masse
sur le canapé en skaï
jamais replié par pure flemme
pas pur aquoibonisme
 
quand les choses ne sont pas belles
à quoi bon,
à quoi bon
 
alors ce premier rendez vous
il devait venir boire le thé
j'avais honte de le recevoir dans cet endroit
j'avais fait le ménage
replié le canapé
ouvert la lucarne
 
j'avais acheté du thé en vrac
 2 petites tasses blanches
un crémier
et la théière 
le tout assorti
au BHV
 
et finalement
coup de fil
c'est la grève des transport
il ne viendra pas
 
le rendez -vous est reporté
 
je regarde ma théière
ma chambre immonde
et je me dis que c'est mieux comme ça
 
plut tard
on se donne rendez -vous avenue Mac -Mahon
 au café "le mac -mahon"
j'ai un manteau blanc en cashemere
très long 
que m'a tante m'a dégoté aux soldes privées de cerruti 
 
j'habite dans 7 m2
mais je porte un manteau en casheme
eh oui
 
on est là assis
il me passe son walkman pour que j'écoute une chanson
 comme je suis intimidée
je contrôle mal mes gestes
 
et vlan
 
je fous son walkman par terre 
d'un trop large revers de bras
je me dis voilà
je suis cuite
grillée comme une langouste
 
mais on descend ensemble l'avenue
 il sors un appareil- photo de sa poche
et me prend en photo
dans mon grand manteau blanc
 mois de février 1986
 
et aujourd'hui 
je lave ma théïère blanche ébrèchée 
 je repense à tout ça
à ce temps qui passe
et écrit nos histoires bizarrement 
un peu de traviole quand même.
 
 
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dimanche, 03 juin 2007

la mort en ce jardin

je marche sur les bords de seine
avec mon chien
sur les quais vers la bibliothèque françois mitterand
le soleil tape dur sur mes vêtements noirs
je transpire 
 
c'est très tranquille
des jardins longent le fleuve
parsemés de statues d'art moderne
 
il y a comme des petites arènes en pierres blanches 
chauffées à blanc par les rayons
j'ai envie de marcher pieds nus
 
un peu plus loin
une voiture de pompier
mon chien court partout
j'entends son souffle régulier dans le silence
et la chaleur
 
les pompiers s'affairent sans un mot
un monsieur abîmé et plein de barbe est allongé dans le camion
 
tout autours,
il y a des tentes vertes plantées à l'ombre des arbustes
parsemés de détritus
 
sur la pierre blanches des arènes
des corps allongés
ensommeillés
le sol est jonché de cubitainers de mauvais vin 
quelques hommes sous le soleil
la peau marquée
restent sans bouger
enroulés dans des vestes de survêtement
 
il y en a beaucoup
avec des sacs à dos 
immobiles
et le visage de marbre
adossés contre un mur
les yeux clos
 
pas un bruit
 
peut-être un moteur de bateau qui passe
peut-être le souffle des voix rapides au dessus de nous 
et ces ombres inquiètantes
retenues derrière un jardin sec
sous le soleil de plomb 
 
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