mercredi, 02 août 2006

la bête

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au rez de chaussée de mon immeuble
il y a une boucherie

dans le hall, à gauche
la rangée de boite aux lettres
puis une porte,
souvent entr'ouverte
qui donne sur l'arrière-boutique

les néons brillent
une petite machine( qui ressemble à une machine à coudre)
est posée sur un billot en bois

des restes de steak sont accrochés au foret de la machine

et puis il y a l'odeur
cette odeur de bête assassinée
un peu douceâtre, fade
qui immédiatement
prend à la gorge
emporte le nez du côté du cadavre
vers les côtes ouvertes de la bête
vers la plaie rose et sèche
vers la viande

l'odeur, toujours
qui flotte dans le hall
comme un drapeau dans les airs
qui dit: "ici vivent le boucher et la bouchère".

je le vois, le boucher
sanglé dans son tablier blanc sanguinolant
son crâne rasé,
et son long couteau qui coupe, aiguise, taillade,
et son sourire
son simple sourire de boucher qui tranche dans le nerf
dans le vif

je monte l'escalier
toujours un peu secouée du spectacle
toujours le coeur un peu à l'envers
à cause de l'odeur de mort

je monte l'escalier en évitant de toucher la rampe
qui colle
tenue par des mains pleine de gras
des mains qui ont fouillé l'intestin
ôté un foie
palpé une grosse langue
pesé des reins
enveloppé du mou pour le chat
ou l'os à moëlle du pot -au-feu (ou du chien)

la rampe colle,
un fil épais s'y est intégré
c'est dégoutant

1er étage
la porte des bouchers
là, l'odeur accèlere
c'est pire encore qu'au rez de chaussée
j'imagine qu'ils gardent des carcasses entières
enveloppées dans des linges
là, chez eux
et qu'ils dorment juste à côté
avec tous ces quartiers de viande fantômes
pendus au dessus du plancher

2eme, j'y suis
c'est chez moi
même la poignée de ma porte est un peu collante
ce qui veut dire que la peau morte
la peau écorchée
a déposé ses scories
jusqu'à CHEZ MOI
un étage au dessus

vite, je sens mes cheveux
je sens l'odeur du cadavre qui s'est infiltrée dans mon poil
j'ai pris le poil de la bête
j'essaye de parler mais je meugle
je barrie , je caquète
et même j'aboie

ne me tuez pas
s'il vous plaît


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mardi, 01 août 2006

alien

je parle trop
trop de mots qui s'annulent
vide de sens à l'arrivée

submergée
étranglée
de vouloir dire des choses
de les exprimer pour les partager
et c'est le contraire
tout s'annule
tout s'évanouit de syllabes,
de doigts nerveux
agités sous la table
de mes mains qui se tordent
parce que les mots bordel,
les mots sont un échafaudage en bambou
qui s'écroule sur moi

véhémente, trop sans doute
violente peut-être
et pourtant
comme je me sens douce à l'intérieur
comme je me sens calme
et gentille

mais CA se dérobe
quelque chose n'est pas en mon pouvoir
de réparer
adoucir le crépis

quelque chose m'échappe

c'est comme les aliènés
parfois je me sens comme ça
seule dans mes mots
dans une une émotion qui jaillit
tsunami en moi
électrochoc

je veux DIRE
et tout sort à l'envers
en désordre
dérisoire soudain
pénétrée du vain,
mots convulsés dans une bouche tordue
rides au front
dent dehors

ce n'est pas moi
ce n'est pas mon visage
je ne suis pas comme ça

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dimanche, 30 juillet 2006

la vie des objets

les objets
les objets ont une vie
les vieux draps
les couverts aux manches élimés
les chemises aux couleurs passées

les objets simples, usuels
une petite boite posée là
un livre corné

on en retrouve des choses
par les objets
comme une mémoire qui se redonne
toute une époque
une deuxième vie
celle du souvenir
celle du regret

peut-être du remord

ses vieux draps
ça m'a toujours fait mal de dormir dans ses vieux draps
jai imaginé des étreintes échangées hors de moi
des liquides, des fluides corporels
tout un tas d'humeurs quis se sont écoulées, là,
dans ses vieux draps qu'il a ramené un jour
et dans lequels j'ai dormi

le manche en bois de la cuillère
avec laquelle j'ai mélangé les pâtes
le bois est tout doux
râpé, usé par des mains qui l'on tenu
pour préparer des tas de repas
et j'y pense à chaque fois que je m'en sers

sa chemise à carreaux
quand l'a -t-il porté pour la première fois
toute neuve, sortie du magasin
et on lui a dit "comme elle te va bien cette chemise"

peut-être s'est-il baigné avec
endormi dedans
peut-être en a t-on débouté l'échancrure
pour tomber sur ce torse que j'aime
que j'adore
que je comprends

la vie secrète
je veux tout connaître
c'est une maladie
de vouloir tout connaître
tout goûter
tout apprécier
tout connaître

vilaine curieuse
tu t'en mordras les doigts

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dimanche, 04 juin 2006

Femme d'intérieur

Ce soir, descendre le chien alors que je me suis endormie sur le canapé devant "Columbo".
Ne pas oublier de prendre mes clés sinon je suis A LA PORTE
Marcher dans les petites ruelles avec Prune qui tire sur sa laisse et renifle tout.

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Parfois, les gens que je croise me semblent heureux; d'autres soirs, on dirait qu'ils sont au bord des larmes. Certains jours, tout le monde me semble au bord des larmes, je sens dans l'atmosphère une telle tristesse.
L'extérieur est un miroir.

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